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Reine Sakandé/Bénao, député à l’Assemblée nationale : « Je suis venue en politique un peu par hasard »

mercredi 8 février 2017, par Pascal YE

Elue député sous la bannière du Mouvement du peuple pour progrès (MPP) dans la province du Ziro, à l’issue des élections couplées législatives et municipales de novembre 2015, l’honorable député Reine Sakandé fait partie des plus actives de la 7e législature. Pourtant elle estime qu’être député n’est pas une fin en soi, même si elle se bat pour y arriver depuis 2002. Ses activités politiques parlementaires et extraparlementaires, la participation des femmes à la vie politique au Burkina… L’honorable Sakandé s’ouvre aux lecteurs dans l’entretien ci-après.

Veuillez vous présenter à nos lecteurs

Je suis Mme Sakandé née Bénao Reine, député à l’Assemblée nationale. Au niveau de l’Assemblée, je suis membre de la commission Finances et budget (COMFIB), je suis également la présidente du réseau parlementaire pour la promotion et la protection des droits des enfants, présidente du groupe national PGA (parliamentarians for global action) qui est une structure mise en place à New York et présente dans le monde entier et qui se bat pour l’état de droit, contre l’impunité et pour la promotion et la protection des droits des femmes. Je suis aussi membre de l’association « Ensemble contre la peine de mort », une association française qui lutte contre la peine de mort et qui, au niveau de chaque parlement a une représentation et au Burkina, je suis le point focal. Je suis également membre du réseau des parlementaires burkinabè pour la lutte contre la corruption. Je suis également membre de plusieurs autres réseaux parlementaires dont le caucus genre, le réseau des parlementaires pour l’éducation inclusive…
Au niveau sous-régional, je suis membre du parlement de la CEDEAO et à ce niveau, je suis la présidente de la commission Genre, promotion de la femme et protection sociale.

Est-ce que toutes ces responsabilités n’impactent pas votre participation aux activités parlementaires prioritaires ?

Je ne pense pas. Comme les activités ne se mènent pas au même moment, il suffit d’une petite organisation et on s’en sort. Par exemple, pour le cas du parlement de la CEDEAO, on a deux sessions ordinaires, en mai et en septembre. Nous avons également une ou deux sessions extraordinaires qui sont à définir par le président du parlement de la CEDEAO en collaboration avec la commission de la CEDEAO. Au niveau des différents réseaux dans mon pays, il y a une planification qui est faite de sorte que ça ne puisse pas gêner ma participation aux activités du parlement. Ça veut dire que lorsqu’il y a une session ou des travaux en commission ou une plénière, je participe normalement. Nous tenons les activités des réseaux en dehors des activités comme les travaux en commission ou en plénière qui sont primordiales. Nous sommes à l’Assemblée et l’essence même du député, c’est de travailler au niveau des commissions pour sortir des lois, mais également participer à la plénière pour pouvoir voter les lois. Donc, j’arrive vraiment à m’en sortir dans ces différentes activités avec un peu d’organisation.

Le 14 janvier 2017, vous étiez dans le Ziro, votre province d’origine. Dans quel cadre s’inscrit cette sortie ?

J’étais allée faire part aux populations du bilan de ma participation à l’Assemblée nationale. La dernière session ordinaire de l’année 2016 a été close le 22 décembre dernier, donc il s’agissait pour moi d’aller vers les populations et leur dire ce que nous avons fait pendant l’année 2016 au niveau de l’Assemblée. Il s’agit des différentes lois votées, des résolutions adoptées, des questions orales et écrites adressées au gouvernement, mais aussi des commissions d’enquête mises en place par l’Assemblée nationale. En dehors de ça, j’ai également parlé de ma participation en tant que membre du parlement de la CEDEAO au niveau de ce parlement communautaire.

C’est tout à fait logique et normal pour un parlementaire de repartir vers la base, vers la population qui l’a élu pour rendre compte de ce qui se passe, de ce qu’il fait et pour rendre compte aussi de ce qui se fera pendant l’année en cours. C’est ce que je suis allée faire au niveau du Ziro, le 14 janvier dernier, pour permettre aux gens de suivre ce que nous faisons au niveau de l’Assemblée.

Comment les populations ont-elles accueilli cet acte ?

Je pense que ça a été très bien accueilli parce qu’il y avait une grande mobilisation. Et tous les intervenants ont été unanimes pour dire que c’est la première fois qu’un député venait vers eux pour rendre compte de ce qu’il fait au niveau de l’Assemblée. Ils ont même souhaité que ce soit institutionnalisé. D’ailleurs, dans mes projections, je le voyais comme ça. Je me disais qu’annuellement, j’allais changer de commune pour rendre compte. Ce qui permettrait à toutes les communes de se retrouver au même endroit au titre de la province parce que la province, ce n’est pas que le chef-lieu, il y a cinq autres communes. Donc, je me suis dit qu’organiser au chef-lieu de province ne permet pas aux populations de se frotter et c’est une occasion pour les autres également de connaître les autres communes. C’est pourquoi, j’ai organisé cette rencontre dans la commune de Bougnounou et l’année prochaine, ce sera dans une autre commune, éventuellement Sapouy qui est le chef-lieu de la province et ainsi de suite jusqu’à couvrir l’ensemble des communes de la province.
C’est vrai que la rencontre a concerné toutes les structures du parti, tous les conseillers municipaux, tous les chefs de village, toutes les personnes ressources et tous les ressortissants. Donc, ça permet aux populations d’avoir une vue d’ensemble de ce qui se fait et de pouvoir donner des conseils et des bénédictions pour aller de l’avant.

D’aucuns disent que c’est votre million que vous êtes allée justifier…

Je ne pense pas parce que la cérémonie m’a coûté plus d’un million. Mais, il faut également dire que j’ai commencé à organiser cette cérémonie sans savoir que j’allais avoir un million. C’est vrai que les gens n’hésitent pas lier ce million à l’organisation de cette cérémonie. Mais, si je devais m’en tenir au million pour organiser cette cérémonie, je n’allais pas le faire.

Actuellement, c’est l’inter-session, que faites-vous pendant ce ‘’temps mort’’ ?

Pendant l’inter-session, nous avons pas mal de choses à faire. Nous avons à aller à la base pour rencontrer nos militants, mais également à rendre visite à des personnes qu’on a duré de voir, à travailler pour nous-mêmes notamment dans nos réseaux. Par exemple, actuellement, il m’appartient de voir comment projeter les activités de ce réseau. Eventuellement, il y a d’autres activités organisées par des collègues auxquelles je participe. Je n’hésite pas également à aller les appuyer. Mais aussi à participer aux activités de mon parti. Comme vous le savez, le parti organise son congrès en début mars et pour cela, nous avons souvent des réunions pour préparer ce congrès. Et je m’occupe aussi de moi-même et de ma famille.

Avec tout ça, comment faites-vous pour avoir une vie de famille ?

J’ai une vie de famille. Mais, j’ai eu la chance d’avoir très tôt des enfants qui sont maintenant grands, indépendants. Donc, ça me permet de mieux me consacrer à la politique. M. Sakandé aussi a ses activités qui font qu’il n’a pas le temps. Donc, chacun essaie de se rendre utile pour que la famille puisse avoir plus de moyens pour aller de l’avant. Donc, ça ne joue pas sur ma vie de famille. Ça pouvait l’être si j’avais des enfants en bas âge, mais ce n’est pas le cas. Pour ça , je rends grâce à Dieu pour m’avoir permis d’avoir des enfants très tôt et de pouvoir faire en sorte que ces enfants puissent faire de bonnes études et éventuellement pouvoir travailler. Ils ne sont pas au pays. Donc, ça ne me gêne pas du tout de me consacrer plus à mes activités politiques, sociales et associatives.

Souvent les femmes en politique sont mal vues par la société. Comment vous vous sentez dans ce monde de ‘’loups’’ et depuis quand vous y êtes ?

Je me sens très bien. Je suis venue en politique un peu par hasard parce que tout remonte à la révolution, en 1983. Lorsqu’il s’est agi de mettre en place des comités de défense de la révolution, les CDR, au niveau de chaque établissement et des universités, il a été enjoint aux élèves et aux étudiants de mettre en place aussi des CDR. Au Cours normal des jeunes filles où j’étais à l’époque, lorsque nous avons organisé l’Assemblée générale pour la mise en place de ce comité, à l’unanimité, les filles m’ont portée à la tête de cette structure. Nous prenions part aux activités de la révolution notamment au niveau du siège des CDR basé à l’actuel CES mais, au fil du temps, j’ai pris goût parce que j’étais déjà engagée dans des associations notamment le club UNESCO que nous avions créé et animé. Donc, ça me permettait d’être dans mon élément. Donc, quand j’ai quitté le lycée en 1985, je me suis mise à la disposition des CDR de mon secteur. Et, lorsque le coup d’Etat est survenu en 1987, je me suis mise en retrait parce que je ne voyais plus les choses de la même manière. Et finalement, lorsque l’ODP/MT a été mise en place, les anciens camarades qui étaient au niveau de l’ODP ont fait des approches pour essayer de me ramener à l’ODP. J’ai résisté pendant un bout de temps, mais j’ai fini par les rejoindre.

Ensuite, il y a eu la fusion pour créer le CDP et on a continué dans la même lancée. Mais, il faut signaler que si on n’a pas le courage, l’abnégation et la persévérance, c’est très difficile de percer en politique. Je le dis parce j’en sais quelque chose. Déjà en 2002, j’étais candidate pour les élections législatives dans la province du Kadiogo, on m’a mise à une place où je savais que je n’allais pas être élue. Puis, en 2007, j’ai encore été candidate dans le Kadiogo. Ensuite en 2012, mais là, je suis allée dans la province du Ziro. De 2006 à 2013, j’ai été élue conseillère municipale à Sig-Noghin, l’actuel arrondissement N°3 où j’ai été première adjointe au maire de l’arrondissement et c’est tout ça qui m’a permis d’avoir une base au niveau de Ouagadougou. Mais, comme avec insistance, les populations de la province du Ziro souhaitaient que je revienne vers ma province d’origine pour m’y investir, j’ai jugé nécessaire d’aller me présenter là-bas en 2012. Les primaires organisées par le CDP dans ladite province m’ont portée à la tête. Mais, les premières responsables d’antan ont jugé nécessaire de me renvoyer à la 2e position au lieu de la première que j’occupais à l’issue des primaires.

Les populations ont vraiment mouillé le maillot pour me permettre d’être élue et je les remercie pour ça. Au finish, on avait 18000 voix et le parti qui suivait avait 6000 voix, mais c’est ce parti de la mouvance qui a pris ce second poste. Mais, je positivise tout. Comme ça on vit mieux. Ainsi, je me suis donnée du courage pour aller de l’avant. Lorsqu’en 2014, le MPP a été créé (…), finalement, peut-être à cause de mon dynamisme, peut-être ma combativité, les gens ont jugé nécessaire que je sois positionnée sur la liste des candidats du MPP que j’ai rejoint par la suite après l’insurrection populaire.

Lorsqu’on suit les séances plénières à l’Assemblée nationale, vous faites partie de ceux qui interviennent le plus. Comment vous expliquez cela ?

C’est l’ordre normal des choses. Parce que je suis fière de ce que je fais et je me dis que tant que je peux aussi contribuer à faire changer les choses positivement pour mon pays, je n’hésiterai pas. Si je dois venir à l’Assemblée pour faire de la figuration, vraiment que Dieu m’en garde. C’est vrai que quand on est élu, on a beaucoup d’appréhensions, mais la satisfaction c’est de pouvoir se sentir utile là où on est. Ce n’est pas les émoluments des députés qui intéressent, moi particulièrement, même si ça peut boucher des trous, ce n’est pas non plus le fait de se faire voir pour dire je suis député, et alors ? Mais, c’est le fait d’apporter quelque chose qui puisse faire changer les choses positivement et c’est ça ma satisfaction morale. C’est ce qui m’amène à poser des questions très souvent, des questions pour mieux comprendre, et pour éclairer la lanterne des populations que nous représentons. Parce qu’il ne s’agit pas d’être député pour être député, il faut le mériter à mon avis. C’est tout ça qui fait que j’essaie d’être en phase avec moi-même.

Après une année à l’Assemblée nationale comme député, qu’est-ce qui vous a positivement marqué dans ce parlement ?

C’est d’abord l’ambiance qui prévaut dans les travaux en commission. Quand on est en commission, il n’y a plus d’opposition, il n’y a plus de majorité. C’est vrai, sincèrement. Quand on est en commission, on échange, on discute, on pose des questions et on sent vraiment que c’est des questions pour que la loi qui va sortir au finish soit une bonne loi qui puisse profiter à la population. C’est vrai que par la suite, lorsqu’on est en plénière, les députés de l’opposition votent autrement, mais je vous assure que lors des travaux en commission, quand vous rentrez dans la salle, vous ne savez pas qui est de l’opposition, qui est de la majorité.

L’autre chose aussi qui m’a marqué, c’est l’assiduité des députés et la participation des députés aux travaux tant en commission qu’en plénière. C’est vrai aussi qu’il y a des députés qui ne se retrouvent pas, ils sont assis, ils écoutent et après, ils s’en vont. Peut-être que c’est des députés qui essaient de s’acclimater et certainement par la suite, ils vont se réveiller. Mais, le fait même que certains, avec poigne, posent des questions, participent pleinement aux débats au sein de l’hémicycle, je trouve que c’est vraiment une bonne chose.

Et votre plus grande déception ?

Ma plus grande déception, c’est les aspects négatifs qui ont failli entacher le travail parlementaire. C’est l’histoire des tablettes quand bien même quand on remettait les tablettes, je n’étais pas au pays. Ensuite, c’est l’histoire du million parce que je me dis que c’est deux aspects qui ne sont pas liés mais qui ont entaché négativement le travail des parlementaires que nous sommes. Mais, je me dis aussi que c’est parce que la population n’est pas sensibilisée à ce que nous faisons ici comme travail que, peut-être, elle a des pensées autres que ce qu’elle devait avoir. Donc, à ce niveau, je pense que nous avons un travail de communication, un travail de sensibilisation à faire. Il faut que l’Assemblée communique beaucoup plus, mais de façon positive afin d’éclairer la population sur un certain nombre de choses. La manière dont les deux cas ont été perçus, c’est dommage. Je pense que désormais, l’Assemblée va faire plus de communication autour des différentes initiatives qu’elle aura à prendre.

A la lumière de la fronde autour des questions de tablettes et du million, avez-vous le sentiment que l’Assemblée nationale a mauvaise presse auprès de l’opinion ?

Mais oui. Vous n’avez qu’à bien faire mais s’il y a une petite tache noire, c’est elle qui dépeint sur le positif. Même si le positif est majoritaire. Il faut que les gens puissent avoir aussi une mentalité autre que celle que nous avons actuellement. Le travail que nous faisons : voter la loi, consentir l’impôt et contrôler l’action gouvernementale, c’est des choses que nous faisons pour que la population puisse être dans de bonnes conditions et c’est pour ça que je souhaite que tous les députés autant qu’ils sont, puissent aller faire un travail de sensibilisation au niveau de la base. C’est parce que les gens ne sont pas informés qu’ils ont cette perception. Si nous députés, nous contribuons à la sensibilisation, les choses pourront peut-être changer positivement.

Quelle appréciation faites-vous de la participation des femmes au sein de la 7e législature ?

Actuellement, nous sommes treize ou quatorze à l’Assemblée, mais je pense qu’elles essaient de se battre comme elles peuvent. Il y en a dont c’est la première fois, il y en a aussi qui n’ont jamais eu de contact avec le travail parlementaire, donc c’est difficile pour elles de pouvoir être actives au niveau des travaux en commission, mais aussi au niveau de la plénière. Nous avons déjà fait une année, je pense que les années à venir, les choses iront en s’améliorant. Parlant de la participation des femmes tant en commission qu’en plénière, elles participent. Même si c’est timide au niveau de la plénière, rassurez-vous qu’au niveau des commissions, les femmes participent pleinement pour enrichir les documents, les projets de loi ou les propositions de loi.

De manière générale, que pensez-vous de l’engagement politique des femmes au Burkina ?

Ce n’est pas facile pour une femme de faire de la politique. Lorsqu’une femme fait de la politique, on essaie de lui mettre un truc sur la tête pour dire que c’est une femme dévergondée, c’est une femme ceci ou cela. Alors que je pense qu’il faut qu’on aille au-delà de tout cela. Ce n’est pas parce qu’une femme fait de la politique qu’elle est forcément dévergondée ou sans mari ou qu’elle porte la culotte à la maison. C’est vrai que lorsque vous faites de la politique, vous n’avez pas assez de temps pour consacrer à la famille. Mais, il revient aussi aux hommes de nous comprendre et nous accompagner, de nous aider parce que la femme n’est rien sans l’homme et l’homme n’est rien sans la femme.

Nous sommes complémentaires et nous nous devons vraiment de faire en sorte que les 52% de la population que constituent les femmes puissent bénéficier de l’accompagnement, de l’appui et du soutien des hommes pour aller de l’avant. Je pense que souvent ce sont ces manières de penser, ces perceptions qui font que les femmes sont un peu réticentes à faire de la politique. Quand vous prenez au niveau des structures (conseillers municipaux, députés à l’AN), la participation est très faible. La première raison, c’est que les femmes n’ont pas confiance en elles-mêmes, elles se laissent très rapidement démoraliser. Même quand on vous critique, il faut toujours chercher à aller de l’avant.

La deuxième raison, c’est que les femmes ne sont pas soutenues souvent par les hommes. Quand il y a un poste, lorsqu’il s’agit de partager ce poste, c’est tout de suite un homme qu’on met au-devant de ce poste. La troisième raison, c’est que les femmes ne sont pas solidaires. Lorsqu’on met une femme à un poste de responsabilité, vous verrez que ce sont les femmes qui sont les premières à la critiquer. Donc, certaines se découragent vite et baissent les bras.

Je pense que nous les femmes devons faire en sorte que lorsque nous sommes à un poste de responsabilité (administratif ou électif), que nous puissions donner le meilleur de nous-mêmes pour qu’il n’y ait pas de critique, pour qu’on se dise que c’est parce qu’elle a mérité qu’elle est à ce poste de responsabilité.

Je ne suis pas pour du favoritisme, dire que c’est parce qu’elle est femme qu’on la met là, je suis contre cet état de fait. Pour moi, une femme doit toujours mériter. Quand elle est à un poste de responsabilité, elle doit travailler doublement ou triplement pour que les gens ne se disent pas que c’est parce qu’elle est une femme qu’elle est là-bas. Nous les femmes, nous avons beaucoup de chemin à faire, je pense aussi que nous devons nous remettre en cause pour pouvoir aller de l’avant. Il faut que nous soyons méritantes au lieu de dire à chaque fois je suis femme, il faut me positionner. En toute chose, il faut mériter. Et quand on mérite, lorsqu’on vous confie un poste de responsabilité, ça devient plus facile à gérer et ça devient plus facile à convaincre les gens qui vous ont mis à ce poste de responsabilité. Je pense aussi que les politiques doivent faire de sorte à faire plus confiance aux femmes. Il y a beaucoup de valeurs, beaucoup de compétences féminines, mais tant qu’on ne les exhibe pas, qu’on ne les place pas là où il faut, ce sera difficile de le faire savoir et en retour de mériter qu’on les place à des postes de responsabilité.

Le mot de la fin vous revient…

Je voudrais dire qu’être député, ce n’est pas une fin en soi et être député, on a besoin de se cultiver. Je le dis parce que les députés n’ont pas de bureau. Avec un bureau, c’est plus facile, mais sans bureau, on vient à l’Assemblée, on retourne chez soi ou bien on va en province, il n’y a pas de travail intellectuel en tant que tel. Donc, je voudrais dire aux députés de continuer à se cultiver, malgré les conditions dans lesquelles nous sommes, de continuer à s’améliorer dans ce qu’ils font.

Autre chose que j’aimerais dire, c’est que nous sommes des politiques, c’est demander à la population d’être patiente parce que remplacer un régime qui a fait 27 ans et changer les choses en une seule année, c’est très difficile. Donc, je voudrais demander à la population d’être patiente et accompagner le gouvernement, accompagner l’Etat dans tout ce qu’il fait parce que l’Etat est là pour eux. Si Dieu le veut, d’ici la fin du mandat du président Kaboré, il y a beaucoup de choses qui vont changer positivement. Je dis toujours que si je dois faire la politique sans amener de l’amélioration dans les conditions de vie des populations, je préfère m’en débarrasser. Je pense aussi que c’est la même chose pour les premiers responsables de ce pays, en particulier le chef de l’Etat. C’est quelqu’un qui a à cœur le bien-être des populations et je pense que la manière dont les choses sont en train de s’acheminer avec l’adoption du PNDES, je pense que les choses vont changer positivement. Donc, je voudrais demander aux populations d’être patientes et accompagner l’Etat pour qu’il puisse changer les choses positivement.

Enfin, je voudrais m’adresser à mes sœurs. Je souhaite qu’il y ait beaucoup plus de solidarité, que ce soit de façon globale ou au niveau des postes de responsabilité que nous occupons, aussi bien à l’Assemblée que dans les conseils municipaux. Il faut que nous puissions être solidaires parce que sans la solidarité féminine, nous n’allons pas demander aux hommes de venir être solidaires avec nous tant que nous ne sommes pas solidaires avec nous-mêmes.

Il faut que nous les femmes, nous nous battions doublement, voire triplement pour pouvoir espérer être positionnées à un poste de responsabilité. On ne peut pas s’asseoir et s’attendre à ce que les choses viennent vers nous sur un plateau d’argent. Donc, je souhaite que les femmes continuent à se battre pour le bonheur des populations, même si c’est vrai que c’est difficile.

Entretien réalisé par Moussa Diallo
Lefaso.net

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