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Politique : Jacques Kodjo Palenfo, "l’enfant terrible" du parlement burkinabè

vendredi 12 avril 2019, par Pascal YE

Jacques Kodjo Palenfo est loin d’être timide. Et cela pourrait facilement se comprendre. D’abord instituteur, puis formateur d’instituteurs, inspecteur et député, il a su tracer sa voie politique avec son inusable style pédagogique. Fervent défenseur de l’indépendance du député vis-à-vis de son parti lors de l’adoption des lois, il sera dénoncé par ses pairs pour ses revirements. Focus sur celui qui se surnomme le « guerrier du Sud-Ouest », membre du groupe parlementaire Renouveau démocratique (RD), une dissidence de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), principal parti d’opposition burkinabè.

« Il faut savoir interpréter la circonvolution diplomatique et aller de l’avant ! », lance toujours Jacques Kodjo Palenfo. L’homme est pressé en politique, mais se dit patient dans la vie. Il marche vite, il parle vite, il convainc vite et il est drôle. Pourquoi attendre quand on sait si bien où l’on veut aller ? C’est le leitmotiv de Jacques Kodjo Palenfo qui, semble-t-il, veut représenter la circonscription électorale de Gaoua en 2020. Il lui reste moins d’un an pour y parvenir et reconstruire une image politique dégradée, à la suite de la création du groupe parlementaire Renouveau démocratique (RD), en octobre 2017.

A l’image de son désir d’aller vite, son ascension politique a aussi été rapide. En l’an 2000, il mobilisait déjà des militants pour le compte de l’ancien député Louis Armand Mihyemba Ouali, son mentor. Le député Jacques Palenfo est né en 1968 à Gaoua, région du Sud-Ouest. A peine bambin, son père décède ; il est élevé par sa mère. Tout petit, il fait partie des premiers écoliers de son village, aux premières lueurs des indépendances. Mais, les temps sont durs, se souvient-il : « Pas d’électricité, conditions de vie précaires, etc. ».

Cependant, rien ne l’empêche de rêver grand, puisqu’il va poursuivre ses études secondaires à Kampti dans les années 1975, en cours du soir. Studieux, il est admis au Brevet d’études du premier cycle (BEPC) et se fait former instituteur à Loumbila pendant une année. Puis, il rentre à Gaoua et y enseigne pendant sept ans. Avec l’ouverture de la Direction régionale de l’enseignement de base du Sud-Ouest, il est nommé directeur des études. Il fait ensuite ses preuves et prend les commandes de la direction des examens et concours de la région.

A partir de 2001, il va enchaîner les grades et les postes : instituteur principal, directeur de l’Ecole nationale des enseignants du primaire (ENEP) de Gaoua, formateur à l’ENEP, conseiller pédagogique et inspecteur. Avec un tel parcours, pourquoi ne pas faire de la politique ? Ambitieux, il choisit la politique pour aller plus vite. En 1999, le jeune Jacques tape à la porte du député Armand Ouali, après un militantisme dur dans le syndicat de l’enseignement de base.

A cette époque, sa vision politique n’était autre que de « trouver des solutions aux besoins de la population à la base ». Aux différentes échéances électorales de 2001 à 2007, il fait ses preuves comme mobilisateur et se fait des sièges aussi bien au niveau communal que législatif. En 2000, alors que son mentor Armand Ouali perd son poste législatif pour nomadisme politique, celui qui était devenu le suppléant récupère son mandat. Il est alors l’un plus des jeunes députés de l’Assemblée nationale. C’est le début d’une carrière politique. Jacques Palenfo devient l’un des opposants au régime de Blaise Compaoré et sait se faire remarquer, à commencer par ses prises de parole ponctuées de pédagogie.

Dans le même temps, le député gagne en notoriété. En 2009, il participe à la création de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), parti dont il deviendra membre. A la suite du congrès du FOCCAL (Forum des citoyens et citoyennes pour l’alternance) organisé pour la première fois par Zéphirin Diabré à Gaoua, Jacques Palenfo monte en échelons. En 2015, il remporte son mandat de député post-insurrectionnel, sous la bannière de l’UPC, après celui de 2010.

Le député Palenfo paraît modeste de par son accoutrement. « Le guerrier », c’est ainsi qu’il se surnomme. Et en véritable guerrier, il ne manque pas de courage et d’audace. Ainsi, quand il juge qu’une loi est « utile pour le peuple », il n’hésite pas à voter « oui », même si les autres membres de son parti, l’UPC, ne sont pas du même avis. Ce fut le cas, le 3 juillet 2017, lors du vote de la loi sur les partenariats public-privé (PPP). Jacques Palenfo a voté « oui », pendant que ses camarades politiques dénonçaient l’impertinence de la loi.

D’ailleurs, ses pairs ne manquent pas de parler de ses revirements idéologiques et tactiques à l’occasion d’adoption des lois. Mais pour lui, ce que ses collègues députés lui reprochent, c’est son désir d’indépendance. « Il fait tout selon ses désirs et à sa tête, sans souci d’injonction du parti ; un vrai électron libre », disent-ils. « Il est toujours prêt à repousser tout obstacle pour exister, pour se faire entendre ; c’est le propre de Palenfo », renchérit un membre de son parti politique.
Certains élus reprochent à Palenfo ses expressions brutales. « Il s’impose toujours », s’exclame une élue de la majorité.

Aujourd’hui, il est l’un des treize démissionnaires du groupe parlementaire Union pour le progrès et le changement (UPC). Avec ses camarades, ils ont créé le Renouveau démocratique (RD) dont le chef de file est Daouda Simboro. Face aux injonctions de militants qui lui demandaient de rendre sa démission, le député Palenfo est resté stoïque : « La loi permet la création de groupes parlementaires ». Répondant aux critiques à la suite de leur éjection de l’UPC, Jacques Palenfo dit ceci : « Je ne suis pas là pour plaire. Je luttais pour la stabilité du parti. Beaucoup de ceux qui nous vouent aux gémonies aujourd’hui, c’était plutôt eux qui voulaient qu’on aille au gouvernement et c’est eux qui tuent l’UPC dans l’ombre. On a des SMS comme preuves ». Puis de continuer : « Ce n’est pas seulement le label et les moyens du parti qui font élire un député ; il y a son aura personnelle ».

Deux ans après son éjection de l’UPC et une année avant les prochaines échéances législatives, Jacques Palenfo croit dur comme fer qu’il pourra être réélu s’il se présente : « Je connais mon poids électoral ». Il se présente comme le candidat de l’humanisme et des causes justes. « Avec le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), on pouvait gouverner ensemble (…) Si nous nous mettons ensemble, on va construire quelque chose d’utile pour ce pays », se convainc le natif de Gaoua.

Parlant de de Zéphirin Diabré, le député Palenfo dit ceci : « Nous ne défions pas Zeph ; mais un parti politique en Afrique qui ne sait pas faire de compromis pourrait être un éternel parti d’opposition ». Avant de s’interroger ironiquement : « Si le bois vert brûle, qu’en sera-t-il du bois sec ? Si ceux qui ont géré le pouvoir en 27 ans éprouvent des difficultés, qu’en serait-il de ceux qui n’ont jamais géré ? Nombreux sont partis [de l’UPC]. Pourquoi en si peu d’années d’existence ? ».

Ce protestant modéré, père de plusieurs enfants, croit que ce sont les jeunes qui pourront apporter du renouveau politique et démocratique au Burkina Faso : « Je demande aux jeunes de s’engager en politique », lance-t-il. Mais son idée d’indépendance politique du député lui est chère : « Le député ne doit pas être sous la férule de son parti ».

Jacques Palenfo veut qu’on retienne de lui « un ambassadeur, un missionnaire, un combattant qui se bat pour l’amélioration des conditions de vie de ses concitoyens ».

Edouard K. Samboé
Lefaso.net

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