facebook twitter youtube
Recherche sur le site
Accueil > Actualité > Assemblée nationale : Seulement 30% des députés sont assidus aux travaux en (...)

Assemblée nationale : Seulement 30% des députés sont assidus aux travaux en commissions

vendredi 10 mars 2017, par Pascal YE

Voter la loi, consentir l’impôt et contrôler l’action du gouvernement, telles sont les missions dévolues aux députés. Et pour jouer pleinement ce rôle, les élus nationaux doivent non seulement prendre part aux séances plénières, mais aussi aux travaux en commissions, aux ateliers et autres activités organisées par le parlement. Malheureusement, force est de constater que ce n’est pas toujours le cas. L’absentéisme des députés se constate de plus en plus, surtout au niveau des commissions et lors des plénières de vendredi consacrées aux questions orales adressées au gouvernement. La question a été évoquée lors de la séance plénière du 07 mars 2017. Salifou Diallo a précisé que, pour l’année 2016, seulement 30% des députés étaient assidus aux travaux.

Pour la 2e année de mandature de la 7e législature, la session des lois a ouvert ses travaux le 1er mars 2017. Dans le cadre de la mission de contrôle de l’action gouvernementale, 62 questions orales avec ou sans débat sont au programme. Habituellement, ce sont les vendredis après-midi qui sont consacrés aux réponses desdites questions par les membres du gouvernement. Mais la conférence des présidents qui arrête l’ordre du jour a souhaité qu’en plus des vendredis, les mardis également y soient consacrés désormais afin de permettre d’épuiser ces questions orales.

Mais à l’annonce de ce réaménagement, certains députés ont évoqué l’épineuse question de l’absentéisme.« Principalement les vendredis lors de l’audition du gouvernement pour les questions orales, et même pour plusieurs activités de l’Assemblée, plusieurs députés ne sont pas assidus. Il faut une remobilisation des députés, que ce soit au niveau de la plénière, des commissions, des ateliers ou autres choses, on constate souvent l’absence d’une catégorie des députés. Ce n’est pas exagéré de dire que c’est d’ailleurs même les députés de la majorité qui sont souvent absents », a lancé Yahaya Zoungrana du Congrès pour la démocratie et le progrès avant d’ajouter que : « c’est un constat et je pense que c’est monté jusqu’à la présidence ».

Des auteurs de questions orales absents

Ainsi, sans montrer du doigt une catégorie donnée de députés, Salifou Diallo, le président de l’Assemblée nationale reconnait la réalité et l’importance du sujet et en appelle à la responsabilité de tous. « Les députés doivent avoir en conscience qu’on ne pose pas les questions pour faire plaisir, pour dire qu’on a posé une question, on ne pose pas les questions non plus pour emmerder tel ou tel ministre. Nous posons les questions pour que le peuple s’informe sur telle ou telle performance, sur telle ou telle situation. Donc, il faudrait que le député qui pose la question, lui premièrement et ensuite tous les autres, soient à l’écoute parce qu’on a vu des cas où les députés qui ont posé des questions ont oublié et ils n’étaient pas à l’Assemblée. Quand vous posez une question, ça suppose que vous avez de l’intérêt pour le sujet », a-t-il martelé.

Les noms des absents seront lus en plénière, à huis clos

Mais, il va au-delà des séances plénières consacrées aux réponses du gouvernement aux questions orales. Cet absentéisme est encore plus criard au niveau des travaux dans les commissions générales.« Il n’y a que 30% des députés qui sont assidus. Je ne sais pas s’ils sont de l’opposition ou de la majorité, mais en tout cas, il y a 30% de députés assidus », a précisé Salifou Diallo qui dit avoir demandé aux responsables des différentes commissions générales de tenir des statistiques afin qu’elles soient lues lors d’une plénière, éventuellement « à huis clos ». Car, rappelle-t-il, « il n’est pas normal que des députés se saignent à l’Assemblée et que d’autres soient assis dans des maquis ; ça aussi c’est vrai. De fois, le gouvernement arrive pour une audition et pour une commission de 30 membres, on trouve six et c’est toujours les mêmes ».

« Si vous êtes absents, l’exécutif aussi est à même de faire passer certaines choses »

Pourtant, l’essentiel du travail se fait en commission. De ce fait, pour un parlement qui a annoncé qu’il ne sera plus une caisse de résonnance de l’exécutif, il n’y a pas meilleure manière de l’être en ne prenant pas part aux ‘’véritables instances’’ de débat sur les sujets d’intérêt national. « Pour voter une loi, il faut qu’elle soit examinée en commission. Maintenant, si vous êtes absents, l’exécutif aussi est à même de faire passer certaines choses. Ne venez pas vous plaindre par la suite. Nous avons dit au début de la législature que nous ne voulons pas être une Assemblée caisse de résonnance. Si nous voulons avaliser tout ce qui vient de l’exécutif, on peut s’absenter et puis on passe tous les projets de loi. Mais après, votre responsabilité de député sera appelée.

C’est pourquoi, je pense qu’avec toute la rigueur, que vous soyez de l’opposition ou de la majorité, nous devons examiner les projets de loi avec beaucoup d’attention et même travailler à ce que nous-mêmes fassions des propositions de loi pour répondre aux préoccupations des populations.

Aujourd’hui, c’est une question qui est venue sur la table, mais j’ai rencontré les députés dans chaque commission au cours de l’année 2016. Il y a des députés qui sont absents de façon objective. Mais il y a certains députés qui travaillent et lorsqu’ils sortent, au détour d’un maquis, ils voient leurs collègues assis avec la bière et des brochettes. Ça, ce n’est pas normal », a expliqué le président du parlement avant d’ironiser : « prochainement, on va mettre la police derrière les députés qui vont dans les maquis et je vais lire leurs noms ici en plénière ».

Certes, les députés tiennent leur mandat du peuple qui les a élus. Mais, n’est-il pas approprié d’avoir un code d’éthique (s’il n’existe pas) afin de ‘’contraindre les élus nationaux à mériter réellement leurs émoluments, mais aussi le terme « honorable » qu’ils affectionnent tant ?

Moussa Diallo
Lefaso.net

Répondre à cet article