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Déclaration de politique générale : Réactions des députés Bienvenue Ambroise Bakyono (MPP) et Moussa Zerbo (UPC)

mardi 19 février 2019, par Pascal YE

Nommé premier ministre le 21 janvier 2019, et comme le requiert la Constitution, Christophe Dabiré a présenté, lundi18 février 2019, sa Déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale. Cet exercice était soumis à un vote, avec pour enjeux qu’il pouvait être confirmé ou infirmé au poste de Premier ministre (selon que le vote lui est favorable ou défavorable). Après plusieurs heures passées à convaincre les représentants du peuple, Christophe Dabiré a bénéficié de leur confiance (84 voix sur les 127 députés), synonyme de son investiture à la primature. A chaud, nous avons recueilli la réaction des députés Bienvenue Ambroise Bakyono du groupe parlementaire MPP (parti au pouvoir) et Moussa Zerbo, groupe UPC (première force politique de l’opposition).

Député Bienvenue Ambroise Bakyono : « Sincérité dans le discours et affirmation claire et nette de la situation. (…). C’est à son honneur et le peuple lui sera reconnaissant »

Le Premier ministre s’inscrit fortement dans la continuité, notamment en retenant les trois grands axes du Plan national de développement économique et social (PNDES, ndlr) à savoir, une gouvernance vertueuse basée sur la réforme des institutions (instauration d’une bonne gouvernance), le développement du capital humain et la dynamisation des secteurs porteurs de l’économie. Au-delà, il a une bonne maîtrise de la situation nationale et du contexte actuel, marqués par des défis sécuritaires, des défis de cohésion sociale, d’unité nationale et de réconciliation. Ces grands axes autour desquels il a bâti son discours, nous semblent réalistes, en phase avec la situation actuelle.

Dans le fond également, il faut noter la sincérité dans le discours et l’affirmation claire, limpide et nette de la situation et de ce socle à partir duquel, il l’a construit (les défis sécuritaires, l’effritement du tissu social, le manque de cohésion sociale et d’unité nationale). Je pense que c’est vraiment du réalisme que d’affirmer ces points. C’est à son honneur et le peuple lui sera reconnaissant. Nous espérons qu’à partir de là, il pourra s’attaquer à ces préoccupations en apportant des solutions dans les plus brefs délais.

Nous avons toujours prôné aussi la réconciliation nationale. Maintenant, il faut la traduire dans les actes et cela est un processus. Pour nous, il faut toujours la vérité, la justice, la réconciliation nationale. Ce triptyque est important ; nous ne pouvons pas passer par pertes et profits tous les manquements qu’il y a eu de par le passé. Nous disons aussi que le Burkina doit aller de l’avant, nous ne pouvons pas rester éternellement dans ces questions pendantes en justice. Il faut trouver un moyen pour les vider, rendre justice le plus rapidement possible et aller sans plus tarder à la réconciliation nationale.

Le temps de la justice n’étant pas celui des citoyens, il y a une impatience légitime du peuple burkinabè à voir la justice se mettre en œuvre. Nous sommes dans cette attente, mais il faut aussi laisser le temps au temps pour la justice d’agir ; parce que nous sommes dans un Etat de droit, nous nous sommes battus pour cela, nous ne pouvons donc pas sauter des étapes en violant ces règles de justice. C’est à l’ensemble des Burkinabè de comprendre cette situation.

En tout état de cause, je pense que le fait qu’il y ait le HCRUN (Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale), le Haut Conseil du dialogue social (HCDS) et l’action du Médiateur du Faso, en combinant tout cela, et avec la volonté politique, nous aurons très rapidement des avancées et dans le respect de l’intérêt général. Je pense à ce sujet que l’appel du Premier ministre (à œuvrer à la cohésion sociale, à l’unité nationale et à la réconciliation, ndlr) doit être entendu par tous les Burkinabè et nous, en tant que députés, avons un rôle éminemment politique et c’est à nous tous de prendre conscience et d’aller, les uns vers les autres.

Déjà, au niveau de l’Assemblée nationale, il y a une bonne entente entre députés ; on n’a pas de problème de personne, nous avons simplement des options politiques, et je pense que c’est ce que le Président de l’Assemblée nationale a si bien relevé : il faut que les gens ne transposent pas les oppositions politiques en oppositions de personnes. Il faut toujours faire la part des choses, ne pas faire d’amalgame et cela est une information que nous devons donner à chaque fois au peuple, à nos militants, à nos sympathisants, à nos électeurs. La politique, ce n’est pas la guerre, c’est juste pour se faire les meilleures options pour le pays, dans l’intérêt de tout le monde.

Député Moussa Zerbo : « Une poule pour couver des œufs pourris, c’est sûr qu’il n’y aura pas de poussins »

C’est un changement dans la continuité. C’est un discours comme ceux qu’on a déjà entendus ; pas d’éléments nouveaux. Comme on a dû le constater, il n’y a pas eu d’innovations majeures. Et comme le Premier ministre lui-même le reconnaît, il est chargé de mettre en œuvre une politique du président du Faso, qui ne peut être autre que ce que son prédécesseur avait déjà commencé à dérouler. A ce niveau, nous constaterons que ce que son prédécesseur n’a pas pu faire en 36 mois, il n’est pas évident qu’en 20 mois, il puisse le faire. Le deuxième élément qu’il faut observer est que dans ce programme, lorsqu’on prend le volet sécurité, notre pays n’a jamais connu un tel record de morts et d’insécurité qu’il les a connus, les 36 mois passés. Tout cela montre que la politique de Paul Kaba Thiéba a échoué.

Sur le plan économique, le pays n’a jamais été aussi à genoux comme on le connaît avec ce régime MPP. Sur le plan de l’assainissement et de l’eau, nous observons que même aujourd’hui, des populations sont dans la rue pour réclamer de l’eau potable, alors que ça a été des propos de campagne pour dire « zéro corvée d’eau ». Pour dire que tout cela a été une politique basée sur le mensonge, des déclarations d’intentions qui, en réalité, ne sont pas réalisables.

Aujourd’hui, ce discours qui nous a été présenté en s’appuyant sur trois axes majeurs (j’allais dire trois leviers) que le Premier ministre dit mettre d’urgence en chantier, nous voulons bien le croire, mais nous avons du mal à croire qu’il puisse réussir cela. Notamment, sur les questions de la justice, de la réconciliation nationale, des défis sécuritaires.

Sur ces trois volets, nous attendons de voir les mesures sur lesquelles, il s’est engagé. Mais, pour l’instant, nous ne sommes vraiment pas satisfaits de ce discours ; on aurait pu entendre un autre discours. Nous remarquons que c’est toujours les mêmes intentions qui ont été reconduites. Il est donc difficile, pour nous, en tant que groupe parlementaire de l’opposition, de donner de façon générale, notre confiance à ce discours. Nous restons sur notre soif, même si nous avons foi à la bonne foi (nous le disons avec insistance) de ce Premier ministre, qui arrive trop tard dans un système qui est déjà pourri.

En 20 mois, quelle que soit la largeur de ses épaules, il ne pourra pas. Comme l’a dit mon grand-frère Sosso (Adama Sosso, 2ème Vice-président chargé des affaires politiques de l’UPC, ndlr) : une poule pour couver des œufs pourris, c’est sûr qu’il n’y aura pas de poussins. C’est une évidence. C’est comme un médecin après la mort. C’est à cela que nous assistons, malheureusement.

Propos recueillis par O.L.O
Lefaso.net

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